Les dimensions

Dimension spatiale

Dans les œuvres de ces trois auteurs romands, le contact avec un « ailleurs » dimensionnel est très présent. Un pas en avant et le décor change radicalement, sans suite logique. Et le pas en arrière n’est plus forcément possible. Nous pénétrons alors dans l’inconnu, perdant nos repères, pour partir à la découverte de ce monde nouveau. Les auteurs utilisent ce principe pour représenter des mondes très contrastés, passant de l’aride au luxuriant chez Peeters, du high-tech futuriste au médiéval-fantastique chez Roosevelt, de notre époque contemporaine réaliste à des univers imaginaires chez Krum.

Derrière le passage d’une dimension à une autre se cache une passerelle, un lien entre les mondes. Ce point de connexion peut être anodin, comme un livre ou une simple porte ouverte. Il peut aussi être invisible et franchi à l’insu des voyageurs. Ceux-ci ne s’en rendront compte que lorsque leurs repères se brouilleront. Peut-être est-ce d’ailleurs le reste du monde qui s’est déplacé et le héros qui est resté. Mais cela fait-il vraiment une différence ?

 

Dimension temporelle

Nous savons depuis Einstein que le temps est relatif. Les auteurs de science-fiction ont souvent utilisé cette théorie pour faire diverger passé, présent et futur, voire les mêler dans une fusion générale. Les trois séries présentées ici ont la particularité de faire cohabiter différentes époques. Dans Aâma autant que dans CE ou O2, les temps alternent et se côtoient. Ces changements temporels se matérialisent par des métamorphoses physiques des personnages, des modifications d’atmosphères ou des changements de décors.

Dans Aâma, l’alternance temporelle touche le personnage de Verloc, qui passe du présent au passé avec la redécouverte de sa mémoire.

Le récit d’O2 évoque des époques éloignées, avec un temps passé, présent et futuriste, qui vont pourtant se rejoindre et interagir.

Enfin, la série CE déstructure le récit par de multiples retours dans le temps, à des centaines d’années d’écart. L’histoire voit notamment évoluer le personnage de Victoria, de sa conception jusqu’à son avènement en tant que reine Diabloc du secteur Crecy, en passant en revue son enfance traumatisée et sa transformation en S-29, une créature ailée et mécanique. Autant de figures pour un même visage.

Dimension virtuelle

Avec le développement de l’informatique, et plus encore depuis Internet, la question des mondes virtuels a alimenté bon nombre d’imaginaires. Proche de la dimension spatiale, leur particularité est d’être immatériels, laissant une totale créativité à leur créateur. Les mondes virtuels sont également éphémères : une fois déconnectés, leurs habitants retournent au néant, et leur univers avec.

Les personnages d’O2, Aâma et CE utilisent ces espaces virtuels pour des communications privées, parfois télépathiques, ou comme lieux de refuge. Mais attention ! Ces mondes virtuels sont des univers privés, voire intimes, dans lesquels on ne pénètre pas sans être invité. Pour entrer, il faut trouver la clé, l’énigme, l’incantation… Il en va de même pour en sortir.

Dimension personnelle

La dimension personnelle sort des catégories « traditionnelles » des dimensions. Nous la définirons comme la perméabilité du monde de l’auteur, son intrusion au sein de sa création, y mêlant une forme d’autofiction. Cette composante autobiographique est un des éléments les plus marquants dans le rapprochement entre ces trois univers et leurs auteurs. Pénétrer dans cette dimension personnelle demande de connaître l’auteur lui-même, sans quoi elle restera cachée au lecteur. Certains indices sont néanmoins semés à son intention. Sinon, auriez-vous reconnu l’identité de ce peintre anonyme, rencontré sur une plage par le personnage d’O2.